La grossesse et la maternité

La grossesse n’est pas un projet programmé

Dans beaucoup de cas, la grossesse n’est pas un projet programmé. Souvent, au contraire, elle dévoile des désirs qui sont de l’ordre de l’inconscient. La plupart du temps la grossesse dépasse nos capacités d’anticipation et d’adaptation. Peu importe les circonstances, la conception d’un enfant est soutenue par un désir d’enfant qui s’incarne de manière unique à chaque grossesse. L’usage répandu de la contraception donne l’illusion de contrôler la procréation, on considère alors que l’enfant est une réalisation personnelle. Cette illusion de maîtrise est démentie par la conception de l’enfant qui nous échappe la plupart du temps. Elle nous échappe aussi dans la rencontre avec l’enfant car l’enfant a un visage, une personnalité unique que nous ne pouvons pas anticiper. Cette rencontre nous rappelle que personne ne peut contrôler la transmission de la vie, le nouveau-né est vraiment nouveau.

La grossesse et l’inconscient

Une grossesse intervient souvent à un moment signifiant pour une future maman. « Après la première échographie, le docteur m’a donné la date prévue de l’accouchement. J’étais sidérée… Je lui ai fait répéter deux fois. J’avais un sentiment d’irréalité… le 25 mars, c’est l’anniversaire de ma mamie, celle qui m’a élevée… Elle est morte il y a deux ans. » Souvent on a donc l’impression que l’enfant était attendu. Il peut être attendu pour stabiliser, régénérer ou équilibrer les liens entre les futurs parents. 

L’angoisse de la découverte

La future maman est souvent prise dans une forte tension entre le désir d’enfant et les autres impératifs plus pratiques. Cette tension peut aussi s’accompagner d’angoisses . Ainsi, les premières réactions face à la nouvelle d’une grossesse découlent plus de cette tension qu’elles ne concernent la sincérité, le désir ou la capacité d’être mère de la femme. Les tensions, les angoisses permettent à la femme de trouver une place pour l’enfant dans leur vie. Il est normal qu’elles existent. Les magazines féminins et les médias en général transmettent une image fausse et idéalisée de la grossesse, la grossesse ne serait sensée être qu’épanouissement et bonheur continu et parfait. Le vécu des femmes enceintes ne serait qu’un sentiment de plénitude et de bonheur, voici la fausse image que transmettent souvent les images des magazines.

La peur de la transformation du corps

Pour les femmes enceintes il existe également une peur de la transformation du corps. Mon corps va-t-il le supporter ? A quoi vais-je ressembler ? Je vais devenir grosse… ! Ces questions sont légitimes et permettent aussi à la femme d’être vigilante et de s’adapter aux transformations psychologiques et physiques qu’elle traverse. Beaucoup d’hommes témoignent d’une profonde admiration pour le corps de leur femmes durant la grossesse et des femmes enceintes en général.

Pour les hommes c’est souvent l’occasion d’une expérience plus forte de la féminité. La générosité de la rondeur, la douceur, la tendresse qu’exprime le corps d’une femme enceinte incarne une profondeur de la féminité qui ne s’exprime nulle part aussi intensément que dans le corps de la femme enceinte. C’est, selon de nombreux témoignages, un regard de contemplation et de désir que les hommes posent sur les formes féminines de la femme enceinte. Ce regard peut aider la femme qui, malgré la nouveauté du processus corporel qu’elle traverse, peut découvrir d’une nouvelle manière sa beauté dans le regard de son homme et des hommes en général.

Sources :

Dr Luis Alvarez & Dr Véronique Cayol, Psychologie et psychiatrie de la grossesse: De la femme à la mère, Odile Jacob, 2015, pp .79 à 87.